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lundi 8 décembre 2014

Wool War One, D Day




«Récit silencieux et dérisoire de neuf millions de vies minuscules broyées» : l'exposition d'Anna, notre exposition, a ouvert ses portes samedi à Roubaix. Je n'ai pas pu m'y rendre mais deux des mille mains à avoir participé au projet ont eu la bonne idée de ce partage. Il n'y a eu ni flonflons ni vernissage mais ceux qui le pouvaient se sont retrouvés là-bas pour voir en grand ce qu'on avait pu apercevoir lors de nos Woolstock et passer un moment ensemble. Grégoire Marchal a de son côté réalisé un album photo de l'événement.


vendredi 12 septembre 2014

Wool War One, Woolstock Paris • Du pain et des liens • 14, Visages et vestiges de la Grande Guerre

Nous étions quelques dizaines à retrouver Anna – la dame du Délit Maille – sur le parvis de la gare de l'Est dimanche dernier, afin de lui remettre les vêtements tricotés pour son armée en laine et nous faire une idée du rendu final. L'occasion aussi de vêtir les «tout nus», et participer ainsi au processus complet de préparation de l'expo qui débutera aux premiers jours de décembre.
Euh, les jambes sont de longueur identique, contrairement à ce que laisse croire la photo.

J'avais lu que chaque pantalon pesait 2 g. Les miens sont plus lourds, et j'en aurai tricoté un peu plus de dix-neuf. J'avais bien vu qu'il ne me restait pas suffisamment de fil pour un vingtième, j'ai pensé que quelqu'un d'autre pourrait le terminer mais il n'y en aura pas besoin (un véritable trafic de bouts de laine s'est mis en place au cours des mois…).
Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient…

J'étais repartie de la réunion précédente avec une pelote pour, cette fois-ci, tricoter des redingotes. Quand quelques semaines plus tard Anna a lancé un appel à renforts je me suis portée volontaire pour une nouvelle série de ces manteaux. Les pantalons, tricotés aux aiguilles 2, venaient dans les proportions demandées par le modèle. Je les ai reprises pour le premier paletot mais, bizarrement, il s'est avéré trop petit et j'ai poursuivi aux aiguilles 2,5. Toujours selon les indications données, j'ai commencé par coudre les pièces pour les assembler. N'étant pas satisfaite du résultat, j'ai continué en fermant les épaules à trois aiguilles et en montant directement les poches sur le corps, réduisant ainsi le temps de couture et le nombre de fils à couper et rentrer.

Beaucoup de monde s'est approché pour nous voir à l'ouvrage, admirer et photographier le résultat sur les tables, et discuter. La plupart des soldats en laine sont français mais toutes les forces en présence seront représentées. Anna avait pris soin de mettre dans sa valise un prototype de la plupart d'entre eux. Certains étaient déjà là au printemps dernier, d'autres ont vu le jour depuis…
Un Belge au pompon rouge, à côté d'un Brésilien (le Brésil a surtout envoyé du personnel médical, si j'ai bien compris). Derrière eux, un représentant de l'Empire britannique, déjà vu en avril, près d'un Russe.


Un Écossais, un soldat dont je n'ai pas retenu la nationalité (si quelqu'un sait…) Italien (merci Fil Follet !), un Américain. On devine le casque à pointe d'un Allemand derrière l'Écossais. Je crois me souvenir d'un Ottoman mais je ne l'ai pas retrouvé sur mes clichés, et j'ai appris qu'il y aura aussi des infirmières.
Indochine.
Au bout de la deuxième table, le fez rouge d'un tirailleur sénégalais (déjà vu en avril dernier).

Étranges sensations, que celles d'habiller ces petits personnages. Celle de s'adonner à un rituel vaudou, et la pensée de ces millions d'hommes pas en laine qui n'en reviendront pas indemnes, de ces millions d'hommes de chair et d'os qui n'en reviendront pas. La pensée d'un arrière-grand père dont je n'ai connu que deux clichés dont le souvenir même s'estompe, revenu les poumons en charpie avant de laisser sa fillette de cinq ans à jamais inconsolable.
Chapeau à celles qui ont tricoté les minuscules accessoires. Le travail a dû leur paraître interminable.
Ils seront au moins sept cent cinquante à Roubaix.


Ce rendez-vous se déroulait dans le cadre de l'éphémère installation de l'Association pour l'histoire des chemins de fer, 1914-2014, du pain et des liens.



Des hauts parleurs avaient été disposés sur le parvis afin de restituer l'environnement sonore de l'époque. Bien des départs pour le front, notamment pour Verdun, se sont déroulés depuis la gare de l'Est.
 




Prochaine étape : Lille…

Au retour, avant de s'engouffrer dans le métro, découvrir les photos de Didier Pazery.


Entre les mains de ces très vieilles personnes, une photo d'elles datant des années de la Première Guerre mondiale.



Il n'y a quasiment plus de témoins directs de cette période et nous sommes maintenant les hommes qui ont vu les hommes qui ont vu…


On trouvera de meilleurs clichés sur la page Facebook de l'expo.


P.-S. Fil follet relaie chez elle le compte-rendu d'Anna sur Facebook. 

dimanche 6 avril 2014

À mi-chemin



Chacun de ces pantalons mesure 5,5 centimètres et pèserait environ 2 grammes – j'en ai donc tricoté à peu près la moitié. Ceux-là ont déjà été remis à Anna – la dame du Délit Maille – hier samedi, lors d'une rencontre dans un bistrot bellevillois. Le plus fastidieux dans l'affaire est de monter les mailles : le fil est à peu près de la même couleur que mes aiguilles, pas commode pour le comptage. L'effet ton sur ton s'estompe heureusement dès que l'ouvrage prend corps.


Notre rencontre a été filmée, un reportage sera diffusé sur TV5 (il me semble) le 14 avril à l'heure du déjeuner (je crois). Un clic sur la photo permet de l'agrandir.


Ces petits personnages mesurent environ 17 centimètres.


Ça a causé, rigolé, grignoté, bu et… tricoté. Outre Anna qui arrivait de Lille, certaines étaient venues d'assez loin : Essonne, Yvelines, Aube, peut-être d'autres endroits que je n'ai pas retenus mais il y avait même une Roubaisienne ! 


La valise du Délit.


Une belle après-midi, assurément.