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mercredi 18 janvier 2017

Disparaître

«Tout doit disparaître» est le thème commun aux ateliers Beaux-Arts cette année. Nous avons commencé par nous plier à la demande mais, rapidement, le prof nous a dit ne pas aimer l'obligation et l'injonction comprises dans la phrase, et nous n'en avons conservé que le dernier mot.


Mine graphite, feutres noirs, aquarelle.

Quand Claudia vient prendre la pose, un tableau d'Ingres s'anime sous nos yeux. La façon dont les diverses postures ont été croquées, ajoutée à celle dont elle s'est drapée dans le non-tissé, permet de jouer avec les fragments, les effets de transparence, de mise en avant et de disparition de certaines parties de son corps.

Mine graphite, aquarelle.
Des quatre poses ici reproduites, celle-là avait ma préférence.
Le prof a mieux aimé celle-ci.
Fusain, sanguine, carrés Conté, aquarelle.
Fusain, sanguine, carré Conté.
Mine graphite, feutre noir waterproof, aquarelle.
Mine graphite, feutre noir waterproof, aquarelle.
Encre de Chine, gouache, aquarelle, carré Conté.
Fusain, gouache, aquarelle, carré Conté. Les auréoles sont dues au fixatif.
Mine graphite, aquarelle, feutres waterproof et noir.
 Encre de Chine, gouache, bouts de fils et microchutes de tissus jolis.

J'avais commencé par habiller la silhouette de Gwenaël de papier de soie mais, insatisfaite du rendu, je l'ai arraché. Le résultat me convient bien mieux.

 Encre de Chine, gouache.
 Encre de Chine, feutres waterproof et noir.

lundi 7 décembre 2015

Vanités

Les cours ont repris à l'atelier des Beaux-Arts la dernière semaine de septembre. Trois semaines rapidement écoulées avant les premières vacances, durant lesquelles nous avons travaillé sur les vanités, ces natures mortes évoquant à la fois la vie humaine et son caractère éphémère. L'atelier s'est doté d'un squelette, dûment surnommé Oscar par Guadalupe, venue prendre la pose pour la première séance. Guadalupe est mexicaine, son rapport à la mort, ludique, festif, diffère totalement du nôtre. 

Très à l'aise avec Oscar, elle l'a sensuellement enlacé tandis que, de mon côté, je ne savais comment l'aborder. Peut-être un reste de crainte de petite fille que les squelettes effrayaient, auquel s'ajoutait le besoin de se remettre dans le bain après trois mois sans dessiner dans ces conditions. Difficulté supplémentaire, chaque pose durait cinq minutes, durant lesquelles il ne fallait pas croquer un mais deux personnages.
Le modèle prévu à la séance suivante n'a finalement pas pu venir et n'a trouvé personne pour la remplacer, aussi deux d'entre nous s'y sont-elles collées, avant de laisser la place au seul squelette afin de pouvoir elles aussi dessiner. Il m'a fallu plusieurs séances avant de trouver le médium qui me conviendrait le mieux.


Nous avons vu Carole revenir à la séance suivante, et les poses sont passées à dix minutes…


 … puis Gilles, toujours aussi puissant et gracieux. 


Dès la deuxième semaine de cours le prof nous a demandé de copier ce portrait de la mère de Dürer par son fils. On devine le squelette sous sa peau. L'exercice est complet, qui demande de maîtriser les drapés, les lignes de contour et les ombrés.

Albrecht Dürer, Portrait de la mère de l'artiste à 63 ans, dessiné au fusain deux mois avant sa mort.

Elle fut pourtant plutôt avenante, Barbara Dürer. En témoigne cet autre portrait d'elle peint en 1490 – elle a environ 39 ans. 


Les grossesses répétées, les deuils  (elle porta dix-huit enfants, dont trois seulement atteignirent l'âge adulte), des maladies mettant sa vie en danger à plusieurs reprises et la perte de son mari la transformèrent.

À partir de La Vie et la Mort, le tableau de Gustav Klimt, une composition nous a été demandée. La Vie ici est un cycle, représentée en cercle, tandis que, seule dans son coin, l'observant, la Mort est comme une sentinelle, une pique, qui mènerait la danse. On pourrait les figurer par le chiffre un pour l'une et zéro pour l'autre.




Quand la Mort mène la danse…

samedi 18 juillet 2015

Petits formats

Après les portes ouvertes nous avons délaissé nos ambigus oiseaux et avons terminé l'année en adoptant des formats plus petits. Idéalement chaque croquis n'aurait pas dû dépasser la taille d'un timbre poste, mais il m'a fallu du temps avant d'y parvenir. Chaque pose durait une minute.

Format 12,5 x 18 cm.

Jusqu'à ce que je trouve le crayon qui me convienne j'ai eu l'impression de ne vraiment plus savoir m'y prendre.


Couronne de fleurs, serre-tête, bandeau, Claudia rehausse toujours sa chevelure. Elle a d'abord porté un bandeau en dentelle avant de l'ôter et d'adopter un turban.

Format raisin plié en huit et grossièrement découpé au cutter.

De cette séance à la dernière les modèles ont alterné dix poses de deux minutes et trois de cinq. Tout en poursuivant avec nos petits formats nous devions varier les techniques et privilégier le pointillisme, le hachurage, voire dessiner des masses.

Format A4.
Pas facile d'abandonner mes lignes de contour… 

Pour protéger la sellette les modèles utilisent des draps à usage unique en non-tissé, quand ils n'apportent pas leur propre protection en vrai tissu. Ces «draps» sont un peu transparents et il arrive qu'ils s'en servent comme d'un accessoire, en guise de voile ou de châle.

Parfois je désespère d'y arriver, d'autres fois je me dis que ça s'en vient plutôt bien !

Ce jour-là Claudia s'était coiffée telle une Romaine ou une Athénienne. À la façon dont elle s'était drapée du non-tissé nous nous sommes trouvés devant une statute antique, une incarnation vivante et merveilleuse de la Vénus de Milo.


Gilles a posé à plusieurs reprises durant l'année mais au cours de sessions du soir, et je ne l'avais pas revu depuis novembre dernier. J'étais contente de le retrouver. Il a longtemps travaillé avec un sculpteur et sait donner à son corps massif et puissant une grâce à priori inattendue. J'ai encore bien du mal à reproduire les mains mais les siennes semblent sorties d'un tableau de la Renaissance.


Je ne me compare évidemment pas à lui – d'autant que, de mémoire, il travaillait à l'encre de Chine –, mais j'ai beaucoup pensé à Honoré au fur et à mesure que je traçais ces traits au feutre.
La semaine suivante Nicolas a remplacé au pied levé le modèle initialement prévu. C'était sa première fois avec nous, j'ai beaucoup aimé ce qu'il dégageait.


Nicole a déployé pour nous son long corps de trapéziste le dernier jour. Il était étrange et émouvant de se dire qu'on ne reviendrait pas avant trois mois.


Les deux dernières nocturnes se sont tenues en bord de Seine, au pied du musée d'Orsay. Pique-niques et dessins au programme.

Photo Mme Hara Kiki.

Sur l'autre berge, le Louvre.

Le cours est tout sauf académique, on y reçoit plutôt peu de consignes du type «pour dessiner ça ou ça, procédez comme ci ou comme ça». Nous sommes poussés à sortir de nos carcans et explorons bien des pistes mais pour la grande débutante que je suis ces séances ont parfois été vertigineuses malgré la bienveillance ambiante.
Les modèles sont une aide précieuse. On entend parfois dire que leur métier est à la portée de tout un chacun mais il requiert endurance, souplesse, réactivité, sensibilité, grâce, et j'ai souvent regretté de ne pouvoir les photographier (question de droit à l'image, Patrick m'avait donné son autorisation).
Nous avons déjà une idée de ce qui nous attend l'année prochaine : drapés, perspective et poses de trente minutes. J'ai hâte !