vendredi 12 avril 2013

L'astragale

Il y a exactement trois ans, une dizaine de jours avant les vacances de printemps, la Perle est mal retombée en sautant à la corde durant une récréation. Elle est rentrée à la maison se plaignant de sa cheville droite. Arnica, bande Velpeau – qu'elle n'a finalement pas gardée, je ne me suis donc pas inquiétée outre mesure. Les deux ou trois jours suivants elle a continué bon an mal an,  ne s'est quasiment pas plainte, a fait de la trottinette, couru. Puis je me suis aperçue qu'elle ne posait pas son pied à plat, et son papa l'a emmenée aux urgences pédiatriques. La radio a indiqué une fracture de la maléole interne et ma douce s'est trouvée la jambe plâtrée. Trois semaines plus tard, son pied n'étant ni douloureux ni même sensible à l'examen, l'orthopédiste a conclu à une probable entorse.
Environ onze mois plus tard elle a recommencé à se plaindre de cette cheville qui peu de temps après a émis un «crac» alors qu'elle enjambait la baignoire pour se doucher. Elle en est sortie ne pouvant plus poser le pied à terre. J'ai attendu une ou deux heures pour voir comment cela évoluait avant de filer aux urgences. Nouvelle radio, qui n'a rien révélé, nouveau diagnostic de probable entorse, gouttière et retour à la maison. Sur la suggestion du Musicien j'ai demandé si son problème ne pouvait provenir d'une fracture de fatigue mais on m'a répondu que ça n'existait pas chez les enfants. À la maison le résultat d'une recherche «fracture de fatigue + enfants» m'affirme le contraire en plusieurs centaines milliers de réponses parmi lesquelles de sites tout ce qu'il y a de sérieux, et particulièrement chez les enfants âgés de huit à douze ans.
Elle s'est plainte à plusieurs reprises de douleurs dans la semaine jusqu'à ce qu'un soir, se plaignant plus fortement, je lui défasse la gouttière et constate que sa jambe et son talon étaient très irrités. Nouvelle bande Velpeau et attelle (que l'on avait déjà, une autre histoire) mais encore deux jours et les plaintes ont repris : retour aux urgences et plâtre de marche. Elle avait bien demandé à l'interne de l'échancrer suffisamment au bout pour pouvoir bouger un peu les orteils mais il n'en a pas tenu compte (pas plus qu'il n'a réglé ses cannes anglaises ou prescrit une de ces espèces de surchaussures qui permettent de marcher avec un plâtre ; je ne m'en suis rendue compte qu'après et quand j'ai appelé pour demander comment faire et on m'a répondu de découper une vieille basket, parce qu'il est évident que tout le monde a ça chez soi !). Comme cela la gênait et qu'en outre elle continuait à se plaindre, nous y sommes retournées le lendemain. Cette fois-ci, l'interne de garde le lui a échancré et expliqué que la douleur était due à la position en équerre que l'on avait fait prendre au pied, afin d'éviter un équin. Comme la chérie continuait de se plaindre nous sommes retournées une fois de plus aux urgences où je crois me souvenir que rien n'a été fait. J'ai demandé pourquoi on m'avait dit que les fractures de fatigue n'existaient pas chez les enfants quand l'université de Rennes, pour ne citer qu'elle, y consacrait des articles et l'on m'a répondu que la médecine n'étant pas une science exacte, les réponses dépendaient des écoles (et contente-toi de ça).
Nous sommes de nouveau rentrées à la maison. Peu après – je ne saurais dire combien de temps : un jour ? deux ? – voyant que ses orteils prenaient une teinte violacée nous avons repris la direction des urgences. Cette fois-ci l'interne a découpé le plâtre d'une fillette à bout de fatigue, de douleur et terrorisée à la vue de la scie : il avait été trop serré et le cou-de-pied droit était à vif. L'interne l'a donc refait et a ajouté un molleton à cet endroit pour qu'elle ne souffre plus. Heureusement, si l'on peut dire, les semaines précédentes ont été prises en compte et elle n'a eu à le garder «que» trois semaines supplémentaires. Je passe sous silence les trajets entre la maison et l'école, située à un bon kilomètre de chez nous, les récrés passées sous le préau ou dans la salle de classe située au troisième étage d'un bâtiment datant des années vingt ou trente (plafonds très  hauts et grandes volées de marches).
Elle est passée au travers l'an dernier et j'ai cru le problème résolu jusqu'à ce que, la semaine dernière, elle se plaigne de cette même cheville et ne puisse rapidement plus poser le pied à terre. J'ai commencé par prendre rendez-vous à l'hôpital, en croisant les doigts pour qu'ils ne lui replâtrent pas la jambe. C'est alors que la maman de l'amie de toujours m'a conseillé un ostéopathe. Peut-être parce que j'avais eu une expérience peu convaincante avec un chiropracteur je n'avais jamais depuis fait appel à ce type de spécialiste. J'ai pu obtenir un rendez-vous dès lundi dernier, avant celui de l'hôpital. En moins d'une heure, il a identifié la cause des douleurs et, tout en douceur, en est venu à bout. L'astragale de ma Petite Hirondelle avait été déplacée et c'était elle qui par périodes la faisait souffrir. Elle avait des ailes aux pieds à peine franchi le porche de l'immeuble et se mettait à courir.
Dire que nous avons été soulagées est bien sûr en-deçà de la réalité, d'autant plus qu'elle part lundi matin en voyage scolaire et qu'un plâtre aurait considérablement compliqué les choses…

6 commentaires:

Plouf_le_loup a dit…

Bon sang de bon soir !! Décidément, ce que je pense des médecins ne va pas s'arranger ! Pauvre louloute !

(tiens je te raconterais bien les errances avec la cheville de la mienne il y a 2 ans, moins grave mais très pénible, et une solution bête comme chou, qui avant de trouver nous aura coûté une fortune en "essais" de divers autoproclamés spécialistes...)

Isa LISE a dit…

J'allais te conseiller un ostéopathe ou étiopathe, contente de voir que ça s'arrange. :) Par contre, je suis sidérée et pourtant pas surprise de ce qui s'est passé pour ta pauvre Perle...

Hélène a dit…

Une histoire à suivre, en espérant que l'amélioration sera cette fois durable.

Dorémi a dit…

Le monsieur a indiqué à la douce un exercice pour sa cheville. Si cela ne suffit pas, on y retournera et il lui en montrera d'autres…

Coline a dit…

l'astragale...
si ça se trouve
elle deviendra un grand écrivain...

Dorémi a dit…

Avec une vie plus douce, de préférence:-)
Bien sûr que j'ai pensé à Albertine, et bien sûr que j'ai eu envie de la relire…