dimanche 7 juin 2015

Expositions

Je ne couds plus guère mais je visite des expos : d'abord Hervé Télémaque à Beaubourg, dont je n'ai pas trop compris l'écriture, et une virée dans diverses galeries d'art de ce quartier avec le cours de dessin. Puis «Pierre Bonnard. Peindre l'Arcadie» – magnifique ! –, à Orsay, suivie dans la foulée de «Dolce Vita ? Du Liberty au design italien (1900-1940)». Ensuite le finissage des «Tisseuses de rêve», un tour au Grand Salon d'art abordable pour saluer Gille Monte-Ruici, et un autre à la Pinacothèque pour découvrir «Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne»On croit connaître quelques bricoles sur quelques trucs mais chacune de ces visites révèle s'il le fallait à quel point nous ne savons pas grand-chose et permet de combler une (toute) petite partie de ces lacunes. Vivre à Paris est une chance de ce point de vue.


Je n'emprunte pas beaucoup les transports en commun et privilégie le bus au métro mais il me semble que la campagne d'affichage pour «Dolce Vita ?» est plutôt timide. On voyait ces jours-ci dans les couloirs du métro des offres pour des billets d'entrée couplés à l'expo que l'Orangerie consacre à Adolfo Wildt, mais je ne me souviens pas d'affiches en 4x3 et s'il y en a eu la campagne d'affichage n'aura pas duré – alors qu'elle court jusqu'en septembre –, ce qui est bien dommage, tant elle gagne à être visitée. La manifestation est installée au cinquième étage de l'ancienne gare, son accès n'est pas très bien indiqué et hormis son gros catalogue on ne trouvait aucune publication la concernant lorsque je m'y suis rendue, fin avril, comme si elle n'avait pas été fin prête pour son ouverture (on attendait encore la brochure lorsque je l'ai demandée en entrant). Du mobilier est présenté, dont certains éléments, peints de couleurs vives à l'origine, sont noircis par le temps, comme s'il n'avait pas été possible d'y remédier.
Si maintenant on trouve des articles assez étayés à son sujet les premiers étaient plutôt des brèves alors qu'elle mérite un meilleur traitement. Mon moteur de recherche ne m'a en outre pas permis de trouver de vidéo de présentation en dehors de celle de la conférence inaugurale, et les visuels ne sont pas très nombreux. Je ne sais pas si tout cela reflète des difficultés ni lesquelles et peu importe, il ne faut pas manquer cette occasion de découvrir de belles choses (tableaux, céramiques, mobilier…) et le contexte particulier dans lequel elles ont été conçues – le foisonnement artistique durant une période qui couvre une guerre des plus meurtrières et la montée des fascismes, d'où le point d'interrogation qui suit le Dolce Vita. Le Stile Liberty, qui tire son nom du magasin londonien, est la période Art nouveau italienne. Dans cette nation unifiée depuis peu les artisans et artistes du début du  xxe siècle allient leurs savoir-faire et traduisent le désir de progrès de la société, posant les bases du design moderne. 
La Pinacothèque propose souvent des expos attirantes mais je n'y étais jamais allée, rebutée par le prix d'entrée, même s'il inclut la location d'un audio-guide. Je suis passée outre cette fois-ci et ne saurais trop conseiller à ceux qui le peuvent de s'y rendre avant le 21 juin. La plupart de ces œuvres ne reviendront pas ici avant longtemps. Spectacles Sélection* donne un bel aperçu de ce qu'on y trouve, de même que Les Soirées de ParisLa Sécession autrichienne** est la déclinaison de l'Art nouveau, dans un style moins fleuri, plus géométrique qu'ailleurs en Europe, annonçant l'Art déco. Cette visite a été comme une suite logique de la précédente. 
De Klimt lui-même on ne voit pas le célèbre Baiser, resté à Vienne, mais outre une série de portraits (il fut un grand portraitiste) on peut s'attarder devant Judith et Holopherne et Salomé, admirer une reconstitution à l'échelle de la frise qu'il conçut en hommage à Beethoven ou les héliogravures de Philosophie et Médecine, deux des quatre volets initialement destinés à orner les voûtes du plafond de l'Aula magna, la grande salle de l'université de Vienne. Elles causèrent scandale et ne furent jamais installées, quand bien même Philosophie (le premier des trois tableaux conçus par Klimt, le quatrième étant l'œuvre de son compère Franz von Matsch) décrocha une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1900 à Paris.

 Gustav Klimt, Philosophie (deuxième version), héliogravure,  Höhere Graphische Bundes-Lehr- und Versuchsanstalt, Vienne.
Gustav Klimt, Médecine (deuxième version), héliogravure,  Höhere Graphische Bundes-Lehr- und Versuchsanstalt, Vienne. Elle fut taxée de pornographie.

Confisquées par les nazis, les œuvres originales ont été détruites lors de l'incendie qu'ils déclenchèrent avant de quitter le château d'Immendorf, en mai 1945, et il  n'en reste plus que quelques clichés.

Gustav Klimt, Portrait de femme, huile sur toile, palais du Belvédère, Vienne, 
prêt permanent d'une collection privée.

L'écran ne rend pas justice à ce portrait de Marie Breunig. Face au tableau on aurait envie de détacher le bracelet qu'elle porte au poignet droit pour mieux l'admirer et de froisser l'étoffe de sa robe au creux de ses mains. Elle semble prête à s'animer devant nous.

Le gros plan (clic sur l'image) permet de se rendre compte de la finesse du trait de Klimt et de la délicatesse de son modèle.

Gustav Klimt (g.), Franz von Matsch (d.), Jeune Fille au col en dentelle
huiles sur toile, collection privée.

J'aime bien grapiller des bribes de visites guidées. J'ai cette fois-ci entendu une guide expliquer que ces portraits avaient été réalisés dans le même atelier au même moment. La différence de traitement relève non seulement du style propre à chacun des artistes mais aussi du fait qu'ils étaient installés à un endroit différent dans la pièce.

Emilie Mediz-PelikanPaysage Odysséen, huile sur toile, collection privée. 

Un paysage venu d'ailleurs ou futuriste, à l'extraordinaire luminosité – accentuée par l'essence de son cadre et la couleur du mur auquel il est accroché –, d'autant plus impressionnant que la toile est grande (140,5 x 206 cm).

Gustav Jahn, Hiver, huile sur toile, palais du Belvédère, Vienne.

Un paysage de carte de vœux, bien plus lumineux que cette reproduction, où pour un peu on s'étonnerait de ne pas voir la neige scintiller. Gustav Jahn fut presque plus alpiniste que peintre.



Elena Luksch-Makowsky, Adolescentia, huile sur toile, palais du Belvédère, Vienne. 

La Sécession viennoise rejetait la peinture d'histoire traditionnelle et ses peintres, marqués en outre par les débuts de la psychanalyse, recourent régulièrement à l'idée de l'adolescence comme symbole du renouvellement de l'art à travers l'esprit de jeunesse. La représentation de cette gracieuse jeune fille tout en jambes est bien plus lumineuse que ne le laisse croire le visuel mais je n'en ai pas trouvé de meilleure version. Je n'ai pas non plus trouvé d'information en français sur Elena Luksch-Makowsky, à l'exception de cette laconique fiche de la BnF…


L'exposition s'achève avec l'arrivée de l'expressionnisme (Schiele, Kokoschka…), auquel j'avoue être moins sensible. Je n'ai abordé ici que les peintures mais on voit sur place du mobilier, des sculptures, des céramiques, des bijoux, puisque le mouvement englobait tous les arts décoratifs, et une maquette du palais de la Sécession.



Pierre Bonnard. Peindre l'Arcadie
Jusqu'au 19 juillet 2015
Dolce Vita ? Du Liberty au design italien (1900-1940)
Jusqu'au 13 septembre 2015
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion-d'Honneur
75007 Paris
Métro Solférino
RER Musée-d'Orsay
Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne
Jusqu'au 21 juin 2015
Pincothèque 2
8, rue Vignon
75009 Paris
Métro Madeleine


* Le tableau Francesca da Rimini et Paolo, qui fait penser aux peintures préraphaélites, n'est pas l'œuvre de Gustav Klimt mais de son frère Ernst, décédé quelques années avant la Sécession, à 28 ans.
** Comme indiqué plus haut la Sécession s'oppose à l'historicisme, pas à l'impresionnisme.

6 commentaires:

Gille monte ruici a dit…

Me retrouver cité entre Bonnard et Klimt ça fait quelque chose ... ;-)

Miss T a dit…

Merci de m'avoir proposé de découvrir celle consacrée au temps de Klimt.

Dorémi a dit…

On ne s'y est pas beaucoup vues, mais ce fut un plaisir :-)

Dorémi a dit…

@Gille : y a pire, non ? :-)

Lysalys a dit…

Merci pour tous ces partages !

Dorémi a dit…

Ça m'fait plaisir, comme disent les Québécois :-)