lundi 1 juillet 2013

Les Joues roses, Malika Ferdjoukh


La quatrième de couverture
Jusqu'à hier 17h00, j'étais une fée du logis. Pas évident pour un garçon, mais quand on a un papa qui perd régulièrement ses boutons et qui serait du genre à faire cuire ses pâtes sans eau, il faut bien faire un effort.
Seulement, il y a des limites. Si vous voulez tout savoir, j'en ai assez de vivre avec un savant fou, qui est capable de mettre le feu à la cuisine, tout en oubliant d'éteindre le robinet de la baignoire. Heureusement, ma copine Elsa a eu une idée géniale. «C'est une femme qu'il lui faut !» m'a-t-elle dit. Elle a raison mais comment savoir quelle femme pourra tomber amoureuse de mon père ?
Elsa a réponse à tout : «Si une femme attrape les joues roses à cause de ton père, c'est qu'elle est prête à l'épouser» m'a-t-elle répondu. Il paraît que l'amour fait rougir.
Il ne nous reste plus qu'à trouver les joues roses et la dame qui va avec.
***
Trouvé au vide-grenier du collège, ce petit livre de 154 pages se lit rapidement, et Malika Ferdjoukh m'a fait rire aux éclats à plusieurs reprises.
Il y a la recherche dans laquelle se sont lancés les héros de l'histoire mais  celle-ci parle aussi d'amour entre enfants et entre enfants et adultes… Ecrit en 1993 ce roman renverse les stéréotypes garçon-fille (pendant que Julius s'occupe de ménage ce qui intéresse Elsa, c'est la mécanique), ce qui, à l'époque, était encore moins courant que maintenant. Il permet en outre de mesurer les progrès informatiques des vingt années qui nous séparent de sa publication, même si ce n'était évidemment pas l'intention première de l'auteure. Comment nos préados actuels perçoivent-ils cet aspect ? Que leur disent les mots «Minitel» ou «disquette» ? On y croise aussi Tatie Taticheff, une grand-tante qui «engloutit les romans d'amour comme des louchettes de miel» et qui inspirera les enfants dans leur recherche d'une âme sœur pour le papa.
Lorsque je l'ai pris la douce a fait la moue et j'ai pensé qu'elle ne le lirait pas. Alors que je riais dans mon coin elle m'a demandé de lui lire les passages en question et, à peine terminé, elle me l'a piqué pour le lire à son tour. Au début dubitative elle a vite aussi éclaté de rire…

«Quand Tatie Taticheff porte son appareil dentaire, elle prononce une moitié des consonnes, et quand elle l'oublie elle ne dit que l'autre moitié. On la comprend donc à demi-alphabet. Ou, si vous préférez, à demi-mot.
Avec la famille Taticheff, on a l'impression agréable que le français est une langue trois fois étrangère. Ou que les choses portent plusieurs noms. Ou qu'on comprend trois langues différentes. C'est reposant, car on ne vous corrige jamais.» p. 49

«Au Lavomatic, pendant que je triais, donc, Elsa m'observait, les coudes sur la machine, un poing contre chaque joue, le sourire en ligne droite d'un poing à l'autre, géométriquement jolie.
— Dis, Julius, dit-elle tout à coup. Tu connais la différence entre le mariage et un Boeing qui va en Australie ?
J'étais en train de verser l'assouplissant… Pas le moment de me perturber ! Je levai un œil. Le sourire d'Elsa était remonté en courbe comme un hamac entre deux pommiers.
— Ma langue au chat, dis-je en replongeant dans mon doseur.
— Y en a pas. C'est tous les deux des long-courriers !
 Une dose de lessive pour le prélavage, deux pour le lavage…
— Et, continuait Elsa, je suis d'accord pour être ton copilote, Julius. Toute la vie.
Cette fille est insupportable. Parfois, elle vous dit de ces trucs tellement gentils, tellement inattendus, qu'il y a de quoi s'emmêler lavage et prélavage… C'est ce qui est arrivé. J'ai confondu les deux.
J'ai grogné :
— Merde, ma lessive.
En vérité, ça voulait dire : “Moi aussi.”
Moi aussi, j'étais d'accord pour la vie, d'accord pour le mariage et les lessives long-courriers avec elle. J'ai cherché une phrase pour le dire sans avoir l'air bête ni trop content. J'ai seulement appuyé sur le programme à 60 degrés.» pp. 51-53

«La maîtresse remplaçante était drôlement belle ! Sa voix parfumée. Ses perroquets [un collier avec des perles en forme de…] qui faisaient vrou vrou autour de son cou… et, avec un nom pareil, les joues de Mlle Brèze devaient rosir plus vite que des braises !» p. 86

«… les mensonges des livres doivent être lus avec la voix de la vérité. La vie, elle, a parfois besoin d'un peu de décorations pour être romanesque…» p. 150


Les Joues roses
Malika Ferdjoukh
L'Ecole des loisirs

3 commentaires:

zazimuth a dit…

Je l'ai lu il y a quelques années et j'ai adoré. Malika Ferdjoukh est une auteur dont j'aime généralement les romans pleins d'humour et de tendresse.

Dorémi a dit…

Ce n'est que le deuxième que je lis d'elle mais je sens que je vais en prendre d'autres à la bibli :-)

edwige a dit…

Je suis tentée tentée tentée !! Merci !!