mercredi 4 juin 2014

Nouvelle tendance ?

La douce a commencé à faire du théâtre il y a quatre ans, dans le cadre d'un atelier bleu. L'animatrice avait conduit les enfants à créer de toutes pièces leur histoire mais, plusieurs d'entre eux s'étant désistés au dernier moment, le spectacle de fin d'année avait été pour le moins bancal. L'année suivante elle avait continué d'en faire, dans un centre d'animation situé à deux stations de métro de la maison. Elle aurait volontiers poursuivi l'an dernier mais elle terminait tard ce jour-là. Elle aurait pu s'y rendre directement depuis le collège mais le trajet n'était pas direct, elle aurait dû se presser pour arriver à temps et ne serait pas rentrée avant 20 heures. En septembre dernier elle a demandé à en refaire, cette fois-ci avec une de ses amies «canal historique», à la MJC située près de chez nous. Un tout petit cours, puisqu'il ne réunissait que cinq élèves, uniquement des filles. Elles ont passé le premier trimestre et la plus grande partie du deuxième à faire des exercices gestuels et respiratoires, des improvisations puis, deux semaines avant les dernières vacances, ma comédienne en herbe est revenue à la maison avec un texte à apprendre, quelques passages passés au surligneur dans une liasse de feuilles sans titre ni nom d'auteur. L'histoire se déroule dans le réfectoire d'un collège. Il y est grosso modo question de savoir si les bouchées à la reine contiennent du porc ou pas (à toutes fins utiles la réponse est non), des conséquences qu'en manger pourraient avoir si elles en contenaient, de connaître le salaire du surveillant, de la crainte de ce dernier qu'un élève se tue en s'étouffant, en se battant, ou… Nous n'avons appris le titre de la pièce et le nom de l'auteur que par la suite – Réfection, de David Lescot. La violence des propos et le vocabulaire employé, assortis au peu d'enthousiasme des filles pour ce texte, ont fait que nous sommes allées, la maman de l'amie et moi, trouver la prof pour lui demander de revoir son choix. Sans remettre en question l'authenticité des situations décrites dans le texte et tout en comprenant l'intention de l'auteur, dénoncer les idées reçues et la violence, nous ne souhaitions pas que nos toutes jeunes demoiselles soient confrontées à ce type de situation dans le cadre d'un loisir.
Celle-ci est tombée des nues, s'est dite fort embêtée, ne voyant pas la même violence que nous dans les scènes, d'autant que la pièce avait été créée dans une banlieue réputée difficile avec, entre autres, des préados de l'âge des nôtres. (Pourtant, l'éditeur lui-même évoque cette violence dans sa présentation.) En outre le spectacle de fin d'année arrivant à grand pas, bien plus tôt qu'habituellement, elle ne voyait pas trop quoi leur proposer à la place. Nous lui avons suggéré, puisque ce cours était le dernier avant les vacances de printemps et afin de ne pas perdre de temps, de nous envoyer une autre pièce par e-mail, dont les enfants pourraient prendre connaissance avant leur prochain cours. Les vacances se sont écoulées et nous n'avons rien reçu. La séance suivant la rentrée a été annulée, la dame était souffrante. À l'issue du cours de reprise, la douce m'a expliqué que le spectacle de fin d'année consisterait en une série d'improvisations et que, pour préparer cela, il lui faudrait regarder des émissions de téléréalité pour les tourner en dérision.
Les filles n'étaient toujours pas emballées par le projet. Nous n'avons pas la télé et quand bien même ce n'est pas le type de programme que nous regarderions. Quel genre de mise en scène la prof imaginait-elle ?
J'ai passé à la douce les Exercices de style, qu'elle a dévorés même si certains n'étaient pas à sa portée. Elle aurait bien proposé à la prof d'en reprendre quelques-uns, et je l'y ai encouragée. Elle a donc emporté le livre la semaine suivante. La prof a dit qu'elle connaissait mais qu'il ne restait pas suffisamment de temps pour concevoir une mise en scène, et a gardé le livre (le connaissait-elle vraiment ?).


En revenant, ma Demoiselle m'a raconté qu'elles avaient travaillé à une parodie de bulletin météo et, cette fois-ci, le projet semble lui plaire. La prof a obtenu de déplacer la date du spectacle de fin d'année, et d'allonger la durée des cours jusque-là.
Cette jeune femme est visiblement de bonne volonté mais, tout de même, je me demande : outre le fait que nous avons inscrit les filles à un cours de théâtre et non d'improvisation, est-il logique d'amener des enfants à improviser quand ils ne maîtrisent pas encore le jeu ? Je me souviens avoir entendu Didier Lockwood il y a quelques années expliquer que, pour lui, faire apprendre le solfège à des enfants avant de leur permettre d'approcher un instrument, comme ça se pratique encore dans nombre de conservatoires, revenait à leur faire apprendre à lire avant de leur apprendre à parler. N'est-on pas là dans un cas de figure comparable ?
Dans une veine voisine nous avions assisté à un spectacle l'an dernier qui avait consisté, durant un temps qui m'avait semblé interminable, à faire réciter des brèves de presse à des gamins dont la plupart peinaient à articuler…
Est-ce là tout ce que la création théâtrale actuelle propose ? S'agit-il d'une nouvelle tendance ou cela signifie-t-il simplement que je ne comprends rien à rien et que je suis dépassée ?

4 commentaires:

Isa LISE a dit…

Nouvelle tendance ? Je n'en suis pas certaine, je pense que c'est lié à l'animatrice. Je n'ai jamais fonctionné de cette façon lors de mes ateliers théâtre destinés aux jeunes. D'autres groupes fonctionnent plus ou moins comme j'ai fait quand j'ai pu constater qu'un garçon que j'accompagne a plus ou moins vécu la même chose que ta fille avec un spectacle peu réussi...
En principe, on peut pratiquer du théâtre (avec jeux et spectacle en vue) ou théâtre d'impro avec des codes particuliers. Les deux sont finalement un exercice différent et un spectacle de théâtre d'impro ne s'improvise pas car l'exercice n'est pas si évident, surtout pour des ados (plus de difficulté à "sortir d'eux-mêmes", plus de crainte de s'exposer).

Dorémi a dit…

Merci, tu me rassures un peu… Peut-être est-ce une tendance parisienne ? Je lisais hier cet article sur le Patronage laïque, qui m'a encore plus posé question : http://www.nxtbook.fr/newpress/mairie-de-paris/Aparis_50-Printemps_2014/index.php#/18

Hélène a dit…

Ma première réflexion à moi aussi était que cela était en rapport avec l'animatrice. On ne fait pas toujours appel à des profs de Conservatoire pour ces activités, spas ?

J'ai eu l'occasion, depuis, de causer avec une autre copine française dont un petit-fils était inscrit à une activité de ce genre, à l'école. Lui non plus n'a pas eu beaucoup plus qu'une activité ludique. Cependant, le spectacle de fin d'activité semblait mieux préparé. Mais la maman du petit, trouvant aussi la préparation peu suffisante, avait mis la main à la pâte. (Note : ce n'était pas à Paris mais à Amiens et l'enfant n'a que dix ans - des différences qui peuvent avoir leur importance.)

Dorémi a dit…

On ne fait pas appel à des profs de conservatoire dans ce genre de cours mais il n'est pas rare que l'on fasse appel à des gens l'ayant fait…