mardi 12 mars 2013

« Les Liz Dunn de ce monde ont tendance à se marier, puis vingt-trois mois après leur mariage et la naissance de leur premier enfant, elles optent pour une coupe de cheveux pratique et plus facile d'entretien qui leur dure toute la vie. Les Liz Dunn prennent des cours de pâtisserie et préféreraient mâchonner des ballons de foot que de priver leurs enfants de muesli. Elles possèdent un vibromasseur, et un fantasme mettant en scène un cow-boy pour accompagner son utilisation. Non, pas un cow-boy – plus un type qui construirait des terrasses, d'onéreuses terrasses de designers avec des spas multijets intégrés – des types qui consacreraient des heures, si nécessaire, à aider une Liz à trouver la bonne couleur de mastic pour la rénovation du carrelage de la chambre d'amis.
Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d'intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J'occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité – la malédiction de notre espèce –, c'est l'arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d'un saloon et nous humilier devant des inconnus.
D'où vient la solitude ? Je hasarderais que le coup de dés auquel on peut assimiler la famille est loin d'être étranger à tout ça – père alcoolique ; mère agoraphobe ; enfant unique ; cadet ; aîné ; mère enquiquinante ; père qui triche au golf… Et vous, quel est votre héritage familial ? Vous êtes là. En train de lire ces lignes. Coïncidence ? Vous pensez peut-être que le destin c'est seulement pour les autres. Vous êtes peut-être gêné de lire un livre qui parle de solitude – quelqu'un va peut-être vous surprendre et découvrir alors votre honteux secret. Et d'ailleurs vous n'êtes peut-être même pas certain de savoir ce qu'est la solitude – c'est courant. On handicape nos enfants pour le restant de leurs jours en omettant de leur expliquer ce qu'est la solitude, avec toutes ses nuances, ses tonalités et ses incidences. Quand ça nous tombe sur le coin de l'œil, généralement juste après avoir quitté le domicile familial, on est totalement pris au dépourvu. On n'a aucune idée de ce qui nous arrive. On croit qu'on est malade, schizoïde, bipolaire, monstrueux, avec en prime une carence en zinc. Il faut attendre d'avoir trente ans pour comprendre ce qui a pompé la joie de notre enfance, qui a transformé notre cerveau en une fournaise hurlante, alors même qu'en apparence on semblait aussi confiant et bronzé qu'un pilote de Qantas Airways. La solitude.» pp. 16-17


Eleanor Rigby
Douglas Coupland
Au diable vauvert


6 commentaires:

Az a dit…

oh, le début parle des dadames à bloblog dont je me foutais grassement sur le mien, non?
D'ailleurs ça me titille, de recommencer à me moquer de Maman Têtard et de la fée souris, mouarf!

Dorémi a dit…

On pourrait effectivement le croire à lire les deux premiers paragraphes de cet extrait mais en fait non, pas du tout…
Mais que cela ne t'empêche surtout pas de rouvrir un blougui :D

Roger Gauthier a dit…

Il n'y a pas de solitudes, pas de solitaires. Il n'y a que des absents.

Dorémi a dit…

Humm, pas sûre d'être d'accord avec toi, mais chacun sa propre perception des choses:-)

Hélène a dit…

On peut être seule sans être solitaire.

Dorémi a dit…

Oui. En l'occurrence, Liz Dunn est les deux, du moins au début du livre…